Constitution : Le « Vice-Dieu » en création, le peuple Camerounais est-il définitivement enterré ?

Constitution : Le « Vice-Dieu » en création, le peuple Camerounais est-il définitivement enterré ?

Ce que prévoit le projet de loi n° 2094/PJL/P modifiant et complétant les dispositions de la constitution du 02 juin 1972 modifiée et complétée par la loi N° 96/06 du 18 Janvier 1996 et la loi N° 2008/001 du 14 Avril 2008 a été soumis au parlement ce jeudi 02 avril 2026. Le Premier Ministre sera toujours ?

Ce jeudi 02 avril 2026, pendant que vous cherchiez le prix du pain, le Parlement a entamé d’« opérer » le Cameroun sans anesthésie. Dans un Palais de l’Assemblée Nationale barricadé, députés et sénateurs - dont les mandats prorogés sentent déjà le réchauffé - vont accoucher d’un Vice-Président nommé. Un acte « historique » qui ressemble fort à un verrouillage définitif.

Nye ! Nye ! Nye ! Entendez-vous le bruit des ciseaux constitutionnels ? Ce jeudi, sous le soleil de Yaoundé, les parlementaires réunis en Congrès présidé par le Très honorable Datouo Théodore ont décidé de dessiner l’avenir du pays sans consulter le propriétaire du terrain : le peuple camerounais.

Un Vice-Président « Ami, Coursier ou Fiston » ?

La grande nouveauté, c’est l’article 5 (nouveau). Désormais, le Président de la République (44 ans au compteur) nommera son Vice-Président. Ce ne sera pas un élu, ce ne sera pas le choix des urnes. Ce sera, au choix, un ami, un fiston ou un coursier de luxe. En cas de décès ou d'empêchement, c’est lui qui prend les clés de la maison. Le président du Senat voit ce passage dont lui-même est acteur comment ?

Et la subtilité de l’article 6 alinéa 7 fait froid dans le dos : si ce Vice-Président est à son tour empêché (ou si le poste est vide), on organise des élections en 20 jours minimum. Autant dire que le temps de dire « Yaoundé-ci devient comment ? », les dés seront déjà jetés pour l’éternité.

L’article 66 : Le grand déballage ou le grand bluff ?

Pour faire passer la pilule, on nous sort le « sucre » de la transparence. L’article 66 élargit la liste de ceux qui doivent déclarer leurs biens. Tout le monde y passe : du Président au simple conseiller municipal, en passant par les directeurs généraux et les magistrats. Sauf que le Président de la République (réélu le 12 octobre 2025) est déjà passé entre les mailles du filet ! On l’attend à la fin du mandat pour voir quels sont ses biens et avoirs n’est-ce pas ?  

Mais regardez bien entre les lignes : le Conseil Constitutionnel et le Conseil Économique et Social semblent avoir été oubliés dans la liste des « saints ». Est-ce à dire que l'argent de ces côtés-là n'a pas d'odeur ? Mouf ! On nous dit qu’une loi viendra préciser tout ça, mais on connaît déjà la chanson. Que depuis la loi N°2006/003 du 22 avril 2006 on a vu le décret d'application de la loi sur la déclaration des biens où ? Il doit créer d’autres bobos : la commission chargée des déclarations.

Le peuple dans la moiteur du silence

Pourquoi ce silence dans les rues de Dschang, de Douala ou de Maroua ? Parce que le souvenir du 12 octobre 2025 est encore sanglant. Plus d’un millier de jeunes sont encore derrière les barreaux après les manifestations post-électorales. Le citoyen, fatigué de crier dans le désert, regarde désormais la politique comme un film dont il n'est même pas le figurant.

Le Président invoque un « fonctionnement plus efficient de l’État ». Mais pour le Camerounais d'en bas, cette « adaptation aux exigences de l'environnement » ressemble surtout à un abri anti-atomique construit pour protéger un régime qui ne veut pas descendre du trône.

Os Pamparampam ! On nous dit que c’est pour notre bien, mais personne ne nous a demandé si on avait faim de cette réforme. Le mandat de sept ans reste, la réélection illimitée demeure. Rien n'a changé, sauf qu'on a ajouté un verrou de plus à la porte.

Par Augustin Roger MOMOKANA