Le mardi 24 mars, le marché de Baleveng a été le théâtre d’un braquage audacieux ciblant Radio Soleil et la MUFID. Au-delà du préjudice matériel, c’est un vent de panique qui s’est emparé des sociétaires, soulevant l’épineuse question de la résilience de nos microfinances face au grand banditisme.
Pendant plus de trente minutes, le temps a semblé s’arrêter au marché de Baleveng, sur l’axe Dschang-Bamougoum. Des hommes lourdement armés ont investi l’immeuble abritant la Radio Soleil et la MUFID, mettant hors d’état de nuire le personnel avant de faire main basse sur des équipements de diffusion et une importante somme d’argent dont le montant demeure un secret.
La peur, pire ennemie du banquier
Sitôt l'alerte donnée sur les réseaux sociaux, une onde de choc a traversé la communauté des épargnants. Plus que la curiosité, c’est la peur qui a poussé certains clients à accourir vers l'agence, avec l'intention de vider leurs comptes. Une réaction humaine, mais dangereuse : une "ruée bancaire" peut causer la faillite d'un établissement plus sûrement que le vol lui-même.
Cette psychose rappelle l'anecdote de cet épargnant qui, voyant son argent être remis à un autre client sous forme de crédit, exigeait qu'on lui rende ses billets sur-le-champ, persuadé que son épargne ne devait jamais quitter le coffre-fort.
Au-delà des vigiles : le défi de la conformité
Aujourd'hui, la sécurité ne se limite plus à la présence d'un gardien ou d'une caméra. Dans le secteur financier, elle repose sur un triptyque rigoureux : technologie (alarmes), présence humaine armée et respect strict des procédures de coffre.
C'est ici que le bât blesse lors des enquêtes de sinistre. L'assurance ne couvrira pas tout par magie. Les enquêteurs vont passer au crible le fonctionnement du dispositif :
- Les caméras étaient-elles actives ?
- Le « montant de surface » (l'argent en caisse) dépassait-il le plafond autorisé par les clauses d'assurance ?
- La chambre forte était-elle hermétiquement close ?
Si l'établissement ne respecte pas ces engagements techniques, le préjudice pourrait ne jamais être totalement réparé, laissant la microfinance seule face à ses pertes.
Un enjeu de citoyenneté financière
Ce braquage à Baleveng interpelle tous les acteurs. La sécurisation des établissements financiers en zone rurale ou semi-urbaine est un impératif pour maintenir la confiance. Pour les épargnants, la leçon est claire : la solidité d'une banque ne se mesure pas seulement à ses murs, mais à sa capacité à anticiper le risque.
Pour les dirigeants de microfinances, l'heure n'est plus au simple gardiennage, mais à une véritable culture de la sûreté bancaire. Car si l'on peut remplacer une radio volée, la confiance du petit épargnant, elle, est un capital qui ne s'assure pas.
Par Augustin Roger MOMOKANA







