Justice : Le Pr Aba’a Oyono défie la DGRE et réclame 3 milliards pour « kidnapping administratif ».

Justice : Le Pr Aba’a Oyono défie la DGRE et réclame 3 milliards pour « kidnapping administratif ».

Dans un bras de fer juridique sans précédent, le Professeur Calvin Aba’a Oyono, agrégé de droit public, a lancé un ultimatum à la Direction Générale des Renseignements Extérieurs (DGRE). Victime d’une détention de 42 jours qu’il qualifie de « colis humain » au SED, l’universitaire entend traîner les services secrets devant le Tribunal Militaire si réparation n’est pas faite. Pour Komiaza, ce procès s’annonce comme celui de l’État de droit contre l’État policier.

Les idées forces du recours :

  • L'humiliation d'un Maître : Enlèvement à domicile sous la menace d'être « abattu comme un chien » devant sa famille le 25 octobre dernier.
  • La faute administrative : Un recours gracieux fondé sur la violation de la Constitution et le détournement de pouvoir.
  • Le prix de l'honneur : Une demande de réparation pécuniaire à hauteur de 3 milliards de FCFA pour préjudice moral, physique et professionnel.
  • Le traumatisme du « Trio » : Une arrestation liée à l'élection présidentielle d'octobre 2025, marquée par le décès en détention d'Anicet Ekane.
  • Jurisprudence de la légalité : Le rappel cinglant que la DGRE est soumise au droit administratif et non l'inverse.

Le « kidnapping » d'un Professeur de droit public

Le 25 octobre 2025, quelques jours après le scrutin présidentiel, le domicile du Pr Aba’a Oyono est devenu le théâtre d'une scène digne d'un film d'action. Menacé de mort par des agents de la DGRE, le juriste a été conduit au SED pour une détention de 42 jours sans titre juridique. « Le droit administratif que j’enseigne est celui-là même qui canalise l’action de la DGRE », martèle-t-il dans son courrier du 26 février 2026. Pour lui, l'État a agi en dehors de tout cadre légal, transformant une institution républicaine en instrument d'oppression.

Le déclencheur de la répression : L'élection du 12 octobre 2025

Au cœur de ce bras de fer judiciaire gît une accusation lourde : celle d'avoir porté atteinte à la sûreté de l'État en contestant frontalement la sincérité du scrutin présidentiel. Il est reproché au Pr Aba’a Oyono et à ses compagnons d'infortune d'avoir non seulement rejeté les chiffres officiels, mais surtout d'avoir orchestré une « sédition numérique et politique » en soutenant l'autoproclamation d'Issa Bakary Tchiroma. Les griefs articulés par la DGRE pour justifier ces enlèvements allaient de l'incitation à l'insurrection populaire à la propagation de fausses nouvelles de nature à ébranler les institutions républicaines. C'est donc sous le prisme de la « menace existentielle » pour la stabilité du régime que ces figures de proue ont été ciblées, transformant une divergence électorale en un dossier criminel traité hors de tout cadre légal habituel.

3 milliards pour briser la norme de l'arbitraire

L’initiative de l’universitaire dépasse la simple quête financière. Il s'agit de provoquer une prise de conscience : « Ce type d'incidents ne doit pas devenir la norme ». En exigeant 3 milliards de FCFA, le Professeur vise à sanctionner la faute de service et le préjudice subi par sa notoriété nationale et internationale. Il invoque la jurisprudence (Arrêt SACFRA de 1980) pour rappeler que l’autorité administrative doit soumission aux règles de droit. Dans le cas contraire, c'est devant le Tribunal Militaire que les responsables devront répondre de leurs actes.

L'ombre tragique d'Anicet Ekane

Ce dossier s'inscrit dans un contexte politique lourd. Le Pr Aba’a Oyono faisait partie d'un trio interpellé pour avoir soutenu Issa Bakary Tchiroma après l'autoproclamation de ce dernier. Si le professeur a retrouvé la liberté, le sort de ses compagnons est sombre : Anicet Ekane est décédé le 1er décembre 2025 en détention dans les mêmes circonstances, tandis que Djeukam Tchameni demeure sous les verrous. C’est cette tragédie qui semble avoir décidé le juriste à ne pas laisser passer « l'humiliation ».

Un duel pour la dignité républicaine

Au-delà de la plainte, le Pr Aba’a Oyono dénonce un « détournement de pouvoir » et un sabotage de la cohésion nationale par ceux-là mêmes qui devraient la protéger. En défiant la DGRE, il rappelle que dans une République, nul n'est au-dessus des lois, pas même les services de renseignement. Le Tribunal Militaire pourrait ainsi devenir le théâtre d'une mise à l'épreuve historique de l'indépendance de la justice camerounaise face à la toute-puissance sécuritaire.

Le Radar Komiaza

L'honneur d'un citoyen, fût-il professeur, est le baromètre de la santé de notre démocratie. Si les services de l'État peuvent "kidnapper" des maîtres de droit, que reste-t-il au simple citoyen ? Justice doit être rendue.

Par Augustin Roger MOMOKANA