À l'approche des triples scrutins législatif, municipal et sénatorial, la répartition du Budget d’Investissement Public (BIP) dans la Région de l’Ouest fait l'effet d'une bombe. Selon une analyse d'Alexis Yangoua pour InfoDev237, les chiffres révèlent un déséquilibre abyssal entre les communes du parti au pouvoir et celles tenues par l'opposition. Pour Komiaza, ce "deux poids, deux mesures" budgétaire ressemble à une arme d'étouffement politique massive.
LES IDÉES FORCES DU DÉSÉQUILIBRE :
- La fracture budgétaire : Sur une enveloppe globale de plus de 24,6 milliards de FCFA, le RDPC s'adjuge la part du lion avec plus de 21,1 milliards.
- L’opposition à la diète : Les 9 communes gérées par l’UMS, le MCNC et l’UDC (soit 22% des mairies) ne perçoivent que 3,5 milliards de FCFA.
- La stratégie de l’asphyxie : Un assèchement financier délibéré pour fragiliser le bilan des maires de l'opposition face à leurs électeurs.
- L’argument « Massue » : Utiliser la pénurie de moyens imposée par Yaoundé comme preuve d'incompétence des partis adverses.
- Enjeu 2026 : Un contrôle budgétaire stratégique au service d'une année électorale charnière pour le renouvellement des élites locales et nationales.
Radioscopie d'une répartition chirurgicale
Le constat dressé par Alexis Yangoua est sans appel : la répartition du BIP 2026 à l’Ouest transpire une « discrimination servile ». Sur les 40 communes et la Ville de Bafoussam, les 9 collectivités territoriales décentralisées (CTD) sous bannière de l'opposition — principalement dans le Noun (UDC) et le Haut-Nkam (UMS, MCNC) — reçoivent la portion congrue. Pour une masse totale de 24 634 847 993 FCFA, ces bastions ne bénéficient que de 3 531 341 807 FCFA, tandis que les mairies estampillées RDPC se partagent le colossal reliquat de 21 103 506 186 FCFA.
Le BIP comme arme électorale : L'argument du "vide"
Qu’est-ce qui justifie un tel écart ? Officiellement, aucun critère lié à la démographie ou à la superficie ne tient la route. La cause semble résider dans une volonté manifeste de Yaoundé de réduire l'autonomie financière de l'opposition. En coupant les vivres, le pouvoir central prépare le terrain au discours de campagne : « L'opposition ne fait rien ». Un piège politique qui vise à pousser les populations à se rallier au parti de la flamme pour ne plus être les « laissés-pour-compte » du développement.
2026 : Le contrôle financier au cœur de la bataille des urnes
L'année 2026 est une étape cruciale pour l'avenir politique du Cameroun. Avec le renouvellement attendu des conseillers municipaux, des députés et des sénateurs, la gestion et le suivi de ces 24,6 milliards de FCFA deviennent le nerf de la guerre. En traitant "spécialement" ses propres collectivités lors de la préparation budgétaire, le régime s'assure un levier de persuasion électoral puissant, transformant le BIP en un instrument de fidélisation partisane plutôt qu'en un outil de développement équitable.
La décentralisation à l'épreuve de l'impartialité
Cette situation pose la question fondamentale de la sincérité de la décentralisation au Cameroun. Si le budget, qui est le carburant du développement local, est distribué selon la couleur politique du maire plutôt que selon les besoins des citoyens, c'est toute l'architecture de la gouvernance locale qui s'effrite. Les populations du Noun et du Haut-Nkam paient-elles le prix de leur choix démocratique ?
Le Radar Komiaza
Le développement n'a pas de parti politique. Punir une commune parce qu'elle est gérée par l'opposition, c'est punir le citoyen camerounais dans son droit le plus élémentaire à l'eau, à la route et à la santé. En 2026, les électeurs devront juger si la « proximité » promise par la décentralisation est une réalité ou un simple mirage budgétaire. Sanctionner, éventuellement, ceux qui détournent l’Etat de ses missions régaliennes.
Par Augustin Roger MOMOKANA
Inspiré par les analyses d'Alexis Yangoua (InfoDev237.com)







