Les « villes mortes » ? Mboua Massock sait où il a sorti cette grève qui étrangle l’Etat.[Komiaza]

Les « villes mortes » ? Mboua Massock sait où il a sorti cette grève qui étrangle l’Etat.[Komiaza]

Les « villes mortes » remontent à l’année 1990, c’est-à-dire les années des contestations du régime unique et de la revendication du multipartisme. Elles sont le fruit des réflexions d’un groupe d’individus qui se retrouvent régulièrement à la Vallée de Bessenguè à Douala pour parler de l’avenir du Cameroun. De ces réunions Mboua Massock a tiré les « villes mortes ». Il s’agit non pas seulement d’une manifestation pacifique, mais d’une pression effroyables sur l’Etat. [Komiaza] Le mot d’ordre seul agit sur la conscience collective. La cause est nationale. Chacun prend donc ses responsabilités en tant que citoyen. Parce que le citoyens accomplit ses devoirs, mais attend en retour que l’Etat lui fournis ses droits.

Les « villes mortes » sont-elles une solution à la crise post-électorale ?

Le 1er avril 1991, sur un tract distribué dans les rues de Douala par les militants du PSLD (Parti social pour la liberté et la démocratie), il est écrit : «Les forces égoïstes constituées par les adeptes du pouvoir sans partage ont favorisé et aggravé la misère noire dans toutes les couches sociales du pays où la masse la plus nécessiteuse, de très loin la plus nombreuse, se trouve abandonnée à elle-même », rapporte Arol Ketch. Ainsi, dès le 18 avril 1991, le Cameroun inaugure l’« Opération Villes Mortes et Désobéissance Civile » qui marque le début de la paralysie du pays. 

Pour quoi les « villes mortes » ?

Les « villes mortes » sont la solution extrême, c’est-à-dire qu’après les dénonciations, les manifestations de rue en vue de l’alternante politique au Cameroun et de l’amélioration des conditions de vie des populations, les « villes mortes » deviennent la seule arme fatale des citoyens contre des dirigeants muets, indifférents et hautains. Les revendications des citoyens (le peuple à l’époque) exigent la tenue d’une conférence nationale souveraine, l’amnistie de tous les prisonniers politiques, l’organisation d’élections libres et transparentes, entre autres.

Les « villes mortes » sont commanditées par le combattant Mboua Massock. Chacun est prié de rester chez soi pour sa propre sécurité. Le mot d’ordre est pris au sérieux par la population. Non seulement les villes deviennent fantômes, mais l’Etat se retrouve au bord de la banqueroute parce que personne ne paie plus les impôts. C’est ainsi que les « villes mortes » connaissent un succès retentissant.

Comment se manifestent les « villes mortes » ?

La « ville morte » est une grève généralisée qui se caractérise par état de vacuité de la ville ou du pays. Lorsque le mot d’ordre est donné, les commerces, les administrations, les centres culturels et sportifs, les gares voyageurs sont fermées. Les rues sont désertes, car chacun doit rester chez soi. Il s’agit d’une mesure radicale pour contraindre les décideurs à écouter les cris des populations.

Pendant les « villes mortes », les activités économiques, politiques, culturelles et sportives, sont suspendues sur l’étendue du territoire nationale: les commerces, les administrations, les transports, l’école sont interdits. Les journées de ravitaillement sont communiquées aux populations afin que les commerces ouvrent leurs portes. Seuls les services des urgences des hôpitaux, les services de maintien de l’ordre, les pharmacies de garde sont exempts.  

En juillet 1991, lorsque les admissibilités au baccalauréat sortent, le mot d’ordre des « villes mortes » est levé pour les candidats admissibles qui sont donc autorisés à se déplacer à vélo ou à moto pour se rendre à leur centre d’examen oral. Mais les détenteurs de carton rouge pouvaient se déplacer à l’intérieur des villes.

Au Cameroun, dans les régions anglophones confronté à ce qu’on appelle couramment crise anglophone, les » ghosts towns » (villes fantômes) sont en vigueur depuis plusieurs années.

Qui est Mboua Massock ?

Mboua Massock, Mboua Camille Parfait à l’état civil, est né vers 1953 à Komol dans le Département de la Sanaga-Maritime. Comptable de profession et a  exercé à Cameroon Airlines (Camair-Co aujourd’hui). Il est le fondateur d’un parti politique dénommé Parti social pour la liberté et la démocratie, (PSLD). Il respecte la constitution et rien que la constitution. Pour cela, il ne fera jamais légaliser le PSLD parce que, dit-il, la liberté d’association est garantie par la constitution et rien ni personne n’est au-dessus de la loi fondamentale.

Mboua Massock ne lance pas seulement les villes mortes, qui commence par « Franc-jeu » (17-18 avril 1991), mais avec la coordination des partis de l’opposition, il « instituent » le carton rouge. Vendu à 500 FCFA, la détention de cette pièce est une preuve que vous êtes favorables pour l’éviction de Paul Biya et sur la tenue d’une Conférence Nationale Souveraine.

Conséquences

Paul Biya avait tenté avait d’abord minimisé les « villes mortes », avant de se raviser plus tard. Il avait cru que Yaoundé, siège des institutions de l’Etat, ne dépendait pas de l’arrière-pays : « tant que Yaoundé respire, le Cameroun vit », avait-il lancé à ses détracteurs qu’il qualifiera par la suite d’ « apprentis sorciers ». Une erreur politique la rattrape  quelques semaines après, par l’asphyxie de la capitale. Ses habitants sont confrontés au problème de ravitaillement en denrées alimentaires. Paul Biya accède alors aux exigences de l’opposition, même si pour lui la « Conférence Nationale Souveraine est sans objet », il va tout de même organiser la « Conférence Tripartite» en novembre 1991. Elle réunit autour de la table le gouvernement, les partis de l’opposition et des forces vives de la nation. La victoire de l’opposition est là l’avènement du multipartisme et de nouvelles lois sur les libertés. L’alternance au sommet de l’état n’a pas été possible.

Conclusion

A quand la paix des braves ? La crise entre le Paul Biya et Issa Tchiroma, dont la conséquence principale est le retour des « villes mortes », dénonce de manière virulente le hold-up électoral (élection présidentielle du 12 octobre 2025) ou encore la confiscation du pouvoir par Paul Biya qui trône sur Etoudi depuis 43 ans déjà. Ainsi, comme en 1991, des manifestants sont abattus par les forces de sécurités. Ce qui a radicalisé la manifestation. La manifestation des étudiants de l’Université de Yaoundé le 18 mai, pour des raisons académiques et de restauration a fait 04 morts, le ministre de l’information et de la culture, le professeur Augustin Kontchou Kouomegni alors porte-parole du gouvernement déclare qu’il y a eu « zéro mort ! ». Non seulement cela, le gouvernement assimile ce mécontentement à l’instrumentalisation politique des étudiants par les adversaires politiques du régime, mais  annonce que le campus est apolitique. Plus tard, le 27 octobre 2025, la manifestation contre le résultat des urnes proclamé par le conseil constitutionnel a fait au moins 04 morts tués par balles.

Augustin Roger MOMOKANA