Plus d'un an après la condamnation définitive de Denis Kazungu, l'effroyable affaire du « tueur en série de Kigali » continue de hanter les mémoires. Pourtant, malgré le temps qui passe, ce drame absolu mérite d'être disséqué dans un but pédagogique. Au cœur d’une société africaine contemporaine où la précarité croissante de la masse populaire fragilise les plus vulnérables, l'histoire de ce prédateur au masque d'altruiste offre une leçon de vigilance vitale face aux dérives criminelles modernes.
Entre l'anonymat d'un quartier paisible de la banlieue de Kigali et les bancs solennels de la Haute Cour, l’affaire Denis Kazungu restera comme l’une des pages les plus sombres de l’histoire judiciaire moderne du Rwanda. Derrière le masque d'un ancien enseignant au parcours autrefois respectable se cachait un prédateur méthodique. De sa première interpellation manquée en 2023 à sa condamnation définitive en 2025, retour chronologique sur une descente aux enfers qui a bouleversé une nation entière, et qui laisse aujourd'hui de précieuses leçons sur les dangers d'une confiance aveugle.
Juillet – Septembre 2023 : Les ratés d'une libération et la découverte de l'horreur
Tout commence au cœur de l'été 2023. Denis Kazungu, un homme de 34 ans connu pour avoir été professeur d'anglais et fondateur d'une école maternelle pour orphelins à Remera dans les années 2010, est arrêté une première fois en juillet. La police le soupçonne de vol et de viol. Pourtant, par manque de preuves formelles, il est remis en liberté sous caution. Ce sera sa dernière opportunité de nuire.
Le point de bascule survient au début du mois de septembre 2023 dans le quartier de Busanza, situé dans le district de Kicukiro à Kigali. À la suite d’un banal conflit locatif entre Kazungu et son propriétaire, les forces de l'ordre interviennent à son domicile où il vit seul. Ce qui ne devait être qu'une vérification de routine se transforme en une scène d'horreur absolue : la police découvre une fosse commune, un trou béant creusé à même le sol de sa cuisine.
Douze corps y sont extraits, presque exclusivement des femmes. Arrêté immédiatement, Kazungu passe aux aveux mais alourdit le bilan devant les enquêteurs : il affirme avoir tué quatorze personnes au total, précisant avoir dissous les corps de deux autres victimes, qui ne seront jamais retrouvés.
Octobre 2023 : Le face-à-face avec la colère publique
Le mardi qui suit son arrestation, l'enceinte du palais de justice de Kigali est prise d'assaut par une foule immense et révoltée. Des proches des victimes, pour la plupart de jeunes femmes et des travailleuses du sexe, se massent pour apercevoir le monstre. C'est le cas de Nadine Ahishakiye, venue réclamer justice pour sa sœur Phanny Tuyizere, arrachée à la vie à l'âge de 27 ans.
À la barre, Kazungu choque par son absence totale de remords. Pour justifier l'innommable, il invoque un mobile macabre : il prétend avoir éliminé ces femmes parce qu'elles lui « avaient transmis le sida ». L'enquête révèle un mode opératoire glaçant, calqué sur des documentaires de tueurs en série célèbres : Kazungu utilisait l'identité de sa seule victime masculine pour piéger ses proies, les attirait dans des cabarets, les ramenait chez lui pour les violer avant de les étrangler. Le tribunal ordonne son placement en détention provisoire pour 30 jours, rejetant sa demande de procès à huis clos.
Mars 2024 – Juillet 2025 : De la fausse repentance au verdict implacable
Le 7 mars 2024, le Tribunal Intermédiaire de Nyarugenge prononce le premier verdict : Denis Kazungu est condamné à la réclusion à perpétuité pour dix chefs d'accusation, dont meurtre, viol, contrefaçon, usurpation d'identité et profanation de cadavres, assortie d'une amende de 10 millions de francs rwandais et d'indemnités à verser aux familles.
Refusant son sort, Kazungu tente un dernier coup de poker en faisant appel devant la Haute Cour de Kigali en juin 2025. Changement de stratégie radical : le tueur arrogant de 2023 tente de fendre l'armure et feint la rédemption. « Ce que j’ai fait est lâche. Je demande pardon au Chef de l’État, au gouvernement, aux familles », lance-t-il aux juges, espérant une réduction de peine. Son avocat, Me Faustin Murangwa, tente de plaider le choc psychologique lié à la faillite de son commerce transfrontalier en 2018, où il avait perdu 120 000 dollars.
Mais le vendredi 11 juillet 2025, la Haute Cour balaye ces arguments. Estimant que la cruauté froide, la préméditation et la répétition des crimes interdisent toute clémence, les juges confirment la prison à perpétuité. Le « tueur en série de Kigali » ne sortira plus jamais de cellule.
Conclusion : L'impératif de la vigilance citoyenne
Au-delà du soulagement légitime d'avoir vu la justice triompher, l'affaire Denis Kazungu laisse un traumatisme profond et une leçon collective essentielle. Le profil du tueur est le parfait exemple du loup déguisé en agneau : un homme instruit, un ancien éducateur d’orphelins, capable d'une immense générosité de façade pour masquer ses pulsions destructrices.
Ce drame rappelle cruellement que les prédateurs les plus dangereux avancent rarement à visage découvert. Ils utilisent souvent la flatterie, l'altruisme apparent ou des offres d'assistance financière pour attirer les plus vulnérables dans leurs filets. Face à la précarité ou à l'isolement, la vigilance citoyenne doit rester le premier des remparts. Se méfier des invitations trop hâtives dans des espaces privés, rompre l'isolement en informant systématiquement ses proches de ses déplacements, et refuser de se laisser éblouir par la bienveillance soudaine d'inconnus sont des réflexes de survie. La sécurité d'une communauté ne repose pas uniquement sur sa police, mais sur la prudence quotidienne de chacun de ses membres face aux mirages de la fausse générosité.
Par Augustin Roger Momokana avec fact-ogl.org et d’autres sites








