L'AFRIQUE NE MANQUE PAS DE RICHESSES. ELLE DOIT APPRENDRE À TRANSFORMER DAVANTAGE SES RICHESSES EN EMPLOIS !
Chaque année, des millions de jeunes Africains arrivent sur le marché du travail. Beaucoup sont diplômés, compétents et entreprenants. Pourtant, les perspectives d'emploi restent insuffisantes.
Le véritable défi n'est pas seulement de produire davantage. C'est de produire, transformer, commercialiser et créer de la valeur sur le continent.
L'Afrique exporte encore trop souvent des matières premières et importe des produits finis dont la fabrication crée des emplois ailleurs. Cette situation n'est pas une fatalité.
Voici dix industries capables, sous certaines conditions, de contribuer à la création de millions d'emplois dans les prochaines décennies.
I. LES 10 INDUSTRIES STRATÉGIQUES
1. L'AGROALIMENTAIRE : TRANSFORMER CE QUE NOUS CULTIVONS
Cacao, café, coton, céréales, fruits, manioc, lait, viande...
L'Afrique peut développer des milliers d'entreprises dans la transformation, l'emballage, la conservation et la distribution alimentaire.
Le Ghana, la Côte d'Ivoire, le Kenya, le Sénégal et Madagascar disposent notamment de filières à fort potentiel.
Emplois : ouvriers, techniciens, transporteurs, logisticiens, commerciaux, entrepreneurs.
2. LE TEXTILE ET L'HABILLEMENT : HABILLER L'AFRIQUE ET EXPORTER
Pourquoi exporter du coton brut pour ensuite importer des vêtements ?
Filatures, confection, chaussures, maroquinerie et mode africaine peuvent constituer de véritables chaînes industrielles.
Le Maroc, la Tunisie, l'Éthiopie et Madagascar offrent des expériences à étudier.
Objectif : construire des marques africaines compétitives et développer des emplois accessibles à différentes qualifications.
3. LES MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION : BÂTIR AVEC NOS RESSOURCES
L'urbanisation africaine entraîne des besoins considérables en logements et infrastructures.
Ciment, briques, céramique, bois transformé, acier, menuiserie et matériaux écologiques représentent autant d'opportunités.
Enjeu : produire localement une part croissante des matériaux nécessaires aux villes africaines.
4. LES ÉNERGIES RENOUVELABLES : ÉLECTRIFIER ET INDUSTRIALISER
Solaire, éolien, hydraulique, stockage électrique et réseaux intelligents.
L'enjeu dépasse la production d'électricité.
L'installation, la maintenance, l'assemblage de composants et les services énergétiques peuvent soutenir de nombreuses PME.
Le Kenya, le Maroc et l'Afrique du Sud disposent déjà d'expériences intéressantes.
5. L'INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE : PRODUIRE NOS MÉDICAMENTS
L'Afrique importe encore plus de 70 % des produits pharmaceutiques qu'elle consomme, selon la CNUCED.
Médicaments génériques, vaccins, équipements médicaux et produits de diagnostic constituent une priorité sanitaire et industrielle.
Des pôles régionaux peuvent se développer autour des capacités existantes en Égypte, en Afrique du Sud, au Sénégal et ailleurs.
6. LE NUMÉRIQUE : EXPORTER DES SERVICES ET DE L'INTELLIGENCE
Développement informatique, cybersécurité, intelligence artificielle, traitement des données et services externalisés.
Un jeune Africain peut désormais fournir des prestations à une entreprise située en Europe, en Amérique ou en Asie sans quitter son pays.
Le Nigeria, le Kenya, le Rwanda et le Sénégal illustrent différentes dynamiques numériques.
Condition : former aux compétences réellement recherchées, en anticipant les transformations provoquées par l'IA.
7. L'AUTOMOBILE ET LA MÉCANIQUE : CONSTRUIRE UNE VÉRITABLE FILIÈRE INDUSTRIELLE
Assemblage de véhicules, fabrication de pièces, équipements électriques, maintenance industrielle et sous-traitance.
Le Maroc et l'Afrique du Sud montrent qu'une industrie automobile africaine peut s'insérer dans les chaînes de production internationales.
Mais l'objectif doit dépasser le simple assemblage : développer progressivement les fournisseurs locaux et les compétences techniques.
8. LA TRANSFORMATION MINIÈRE : CESSER D'EXPORTER UNIQUEMENT LES MINERAIS BRUTS
Cuivre, cobalt, manganèse, graphite, lithium...
Ces ressources sont essentielles à de nombreuses industries mondiales.
La RDC, la Zambie, le Gabon, le Zimbabwe et d'autres pays disposent d'atouts importants.
Le raffinage, la métallurgie et la fabrication de composants peuvent générer davantage de valeur ajoutée.
Attention toutefois : ces industries sont coûteuses en capitaux et ne créent pas automatiquement beaucoup d'emplois directs. Leur intérêt dépend aussi de leurs liens avec les entreprises locales.
9. LA PÊCHE ET L'AQUACULTURE : INDUSTRIALISER L'ÉCONOMIE BLEUE
Littoraux, ressources halieutiques, aquaculture, transformation et conservation du poisson.
Du Sénégal à la Mauritanie, du Mozambique aux Seychelles, le potentiel économique est réel.
Priorité : développer une exploitation durable des ressources, renforcer les chaînes du froid et transformer localement une plus grande partie de la production.
10. LE TOURISME ET LES INDUSTRIES CULTURELLES : VALORISER NOS TERRITOIRES
Hôtellerie, restauration, artisanat, cinéma, musique, patrimoine, tourisme écologique et services associés.
Selon ONU Tourisme, l'Afrique a accueilli environ 81 millions de touristes internationaux en 2025.
Le Maroc, la Tanzanie, le Rwanda, Maurice et les Seychelles montrent différentes voies de développement touristique.
L'enjeu est de mieux répartir les retombées entre les territoires, les PME, les artisans et les communautés locales.
II. LES CHIFFRES QUI DOIVENT NOUS FAIRE RÉFLÉCHIR
Selon les données et estimations publiées par les institutions internationales :
- Environ 11 millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail africain, pour seulement 3 millions d'emplois formels créés annuellement, selon la BAD en 2026.
- Plus de 600 millions d'Africains restent privés d'accès à l'électricité, selon l'Agence internationale de l'énergie.
- 18 millions d'emplois supplémentaires pourraient être créés d'ici 2035 dans un scénario d'intégration économique africaine approfondie étudié par la Banque mondiale.
Ce dernier chiffre constitue une projection conditionnelle, et non une création d'emplois garantie.
Le potentiel existe. Mais sans industrialisation, financement, formation et marchés, il restera largement inexploité.
III. POURQUOI CES INDUSTRIES NE DÉCOLLENT-ELLES PAS ASSEZ VITE ?
Cinq obstacles reviennent régulièrement :
— Une électricité trop coûteuse ou peu fiable.
— Des financements industriels insuffisants.
— Des infrastructures et une logistique parfois défaillantes.
— Une formation professionnelle insuffisamment adaptée aux entreprises.
— Des marchés fragmentés et une instabilité des règles économiques.
À cela s'ajoutent, selon les pays, les difficultés de gouvernance, la corruption et les risques sécuritaires.
Construire une usine ne suffit pas. Il faut qu'elle puisse produire à un coût compétitif, vendre durablement et rémunérer correctement ses salariés.
IV. LES RECOMMANDATIONS DU CEEC
Le Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC) propose six orientations stratégiques :
1. Sélectionner des filières prioritaires par pays et par région. Ne pas chercher à développer toutes les industries partout, mais partir des avantages économiques réels.
2. Créer des zones industrielles opérationnelles. Garantir l'électricité, l'eau, les routes, les services logistiques et des procédures administratives simplifiées.
3. Former directement aux métiers industriels. Développer les centres techniques, l'apprentissage et les partenariats entreprises-écoles.
4. Financer les PME productives. Mobiliser banques, fonds d'investissement, institutions de développement et épargne de la diaspora, avec des garanties adaptées.
5. Accélérer le marché commun africain. Faire de la ZLECAf un outil concret d'intégration des chaînes de valeur et de développement des échanges entre entreprises africaines.
6. Mesurer les résultats. Évaluer les politiques industrielles à partir des emplois décents réellement créés, des entreprises viables, des exportations et de la valeur ajoutée locale.
CONCLUSION — L'AFRIQUE DOIT DEVENIR UN CONTINENT DE PRODUCTION
Le continent africain n'a pas vocation à demeurer principalement fournisseur de matières premières et consommateur de produits fabriqués ailleurs.
Son avenir économique dépendra largement de sa capacité à bâtir des entreprises compétitives, à développer ses compétences et à créer des emplois productifs.
L'objectif n'est pas simplement d'avoir davantage d'usines. C'est de construire des économies capables de faire vivre dignement des millions de familles.
« La richesse d'un continent ne se mesure pas seulement à ce qu'il possède, mais à ce qu'il est capable d'en faire pour son peuple. » Et comme le rappelle un proverbe africain : « Un seul doigt ne peut ramasser la farine. »
L'industrialisation exige un effort collectif : États, entreprises, investisseurs, travailleurs, chercheurs et diaspora.
L'AFRIQUE NE DOIT PLUS SE CONTENTER DE FOURNIR LES RESSOURCES QUI FONT PROSPÉRER LES INDUSTRIES DES AUTRES. ELLE DOIT AUSSI CRÉER SES PROPRES INDUSTRIES ET SES PROPRES EMPLOIS !
ET VOUS ? Parmi ces dix industries, lesquelles devraient être développées en priorité dans votre pays ou votre région ?
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Pour approfondir ces réflexions, consultez le blog du CEEC : www.ceec-comores.org
Darchari MIKIDACHE
À propos de l'auteur
Darchari Mikidache est économiste-fiscaliste et Président du think-tank Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC). Il dirige également l'ONG USHABABI WA MESO INTERNATIONAL (Jeunesse et Avenir). Reconnu à l'échelle internationale pour ses chroniques sur le développement de l'Afrique, le leadership et la motivation, il figure depuis 2016 parmi les personnalités influentes du Gotha Noir d'Europe.
Pour découvrir son Site officiel : www.darcharimikidache.com








