Une violente polémique agite le département de la Menoua à la suite de révélations fracassantes de Jean de Dieu Momo (Fo'o Dzakeutonpoug 1er), Ministre délégué auprès du Ministre de la Justice, sur Facebook. Le membre du gouvernement accuse des manœuvres locales d'avoir fait capoter 200 millions de FCFA destinés à l’extension du Palais de justice de Dschang et 36 millions de FCFA pour le CETIC de Ndouotsuet à Bafou. Cependant, une contre-enquête documentaire fait valoir que derrière ces budgets prétendument retournés au Trésor public se cachent une gestion opaque des marchés publics, une traçabilité numérique inexistante et une tentative d'instrumentalisation de la carte scolaire pour fabriquer une chefferie traditionnelle de toutes pièces.
En Bref
- Le Fait : Sortie épistolaire de Jean de Dieu Momo accusant des blocages locaux d'avoir annulé des financements publics majeurs.
- Le Lieu/La Date : Dschang et groupement Bafou (Département de la Menoua), ce dimanche 27 septembre 2026.
- Le Chiffre clé : 200 millions pour Dschang et 36 millions pour Bafou envolés dans les méandres des procédures d'urgence.
L'Enjeu : Démystifier le chantage affectif des élites et dénoncer la fabrication épidémique de fausses chefferies traditionnelles.
- L'Impact direct : Paralysie des chantiers du Palais de justice et du Centre Climatique, et menace de délocalisation forcée du CETIC vers Foto.
Le faux alibi de la crise post-électorale : Le mensonge chronologique du Ministre
Pour justifier la perte des 200 millions de FCFA alloués à l'extension du Palais de justice de Dschang, le Ministre délégué tente de lier ce fiasco à des actes de vandalisme et à la crise post-électorale. Or, les documents officiels détruisent cette version. L’Avis d’appel d’offres national ouvert n°005276aono/Minjustice/CIPM/2025 prouve que le marché a été lancé en procédure d’urgence le 15 juillet 2025.
Cette procédure a échoué trois mois avant l'élection présidentielle d'octobre 2025 et les tensions qui en ont découlé. Comment un marché public dit « en procédure d'urgence », censé allécher les prestataires, a-t-il pu expirer sans preneur ? Seules l'Agence de Régulation des Marchés Publics (ARMP) et l'autorité préfectorale possèdent les clés de ce mystère qui s'apparente à un sabotage administratif interne.
Le CETIC de Ndouotsuet : Quand la carte scolaire sert de cheval de Troie à l'imposture coutumière
L’affectation des 36 millions de FCFA pour un bâtiment au CETIC de Ndouotsuet à Bafou cache un agenda géopolitique local bien plus sombre. L'opposition féroce de deux chefs de quartier ne relève pas d'un refus du développement, mais d'une résistance contre une agression coutumière. Ce projet éducatif sert en réalité de paravent à Édouard Jiof, ancien secrétaire général de la commune de Njombe-Penja, pour créer de toutes pièces un village artificiel sur les terres des quartiers Zemlha 1 et Zemlha 2. Lepoh où certains localise le terrain étant une chefferie de 3e degré sous le règne du successeur de feu préfet Richard Mota.
Dans la Menoua, la multiplication des chefferies est devenue une véritable épidémie. Les élites politiques créent des écoles fictives sans logistique ni enseignants — laissant la charge financière aux parents — généralement pour asseoir une légitimité féodale, souvent avec la complicité active des autorités administratives transformées en « fan-clubs » de ce désordre coutumier.
L’illusion des financements en mallette : Le chantage à la délocalisation
Exaspéré par la résistance des populations de Bafou, Jean de Dieu Momo a brandi une menace qui illustre la dérive managériale des dirigeants camerounais : « Je n'ai pas d'autres choix que de diriger ce CETIC vers Foto [...] sinon cet argent va retourner à Nko'o Tang (Yaoundé) ! ». Cette déclaration pose une question républicaine fondamentale : un ministre de la République se promène-t-il avec des budgets de l'État dans sa mallette privée ? Non, les fonds publics obéissent au principe de la spécialité budgétaire. Le chantage à la délocalisation vers Foto ou Fotoni est une hérésie juridique qui viole la loi sur les finances publiques. Un membre du gouvernement ne peut pas déplacer des lignes de crédit de l'État d'un groupement à un autre au gré de ses humeurs ou de ses alliances électorales d'élites.
Verrou d'enquête : Le spectre d'un financement occulte et fictif
Au-delà de l'hérésie managériale, les investigations numériques menées par la Rédaction de Komiaza jettent un froid polaire sur les déclarations du membre du gouvernement. Après vérification approfondie, il n'existe absolument aucune trace administrative, aucune publication officielle, ni aucun Avis d'Appel d'Offres concernant ce prétendu marché de 36 millions de FCFA pour le CETIC de Ndouotsuet sur Internet. Dans un système camerounais où la réglementation des marchés publics impose la transparence numérique et la publication systématique des lignes budgétaires, cette absence totale de traçabilité technique est suspecte. Dès lors, comment ne pas supposer que cette somme ne serait en réalité qu’un argent occulte ou virtuel ? Un budget fantôme qui sert de prétexte politique et de chantage émotionnel pour force la main aux populations de Bafou et parvenir à une fin inavouée : la légitimation d'un découpage territorial abusif au profit d'intérêts claniques secrets.
Le Centre Climatique de Dschang : 500 millions de FCFA fantômes
Ce climat de suspicion est renforcé par le grand flou qui entoure la réhabilitation du mythique Centre Climatique de Dschang. Alors qu'une enveloppe colossale de 500 millions de FCFA avait été pompeusement annoncée pour lancer les travaux de rénovation de ce joyau architectural et touristique, le constat sur le terrain est accablant. Alors que l'année 2026 tire déjà vers sa fin, aucun déploiement technique, aucun ouvrier, aucune pelle n'est visible sur le site. Les annonces ministérielles se suivent et se ressemblent, laissant les infrastructures coloniales de la Menoua s'effondrer sous le poids des promesses non tenues.
Le Radar de Komiaza
- La Leçon à tirer : La sortie de Jean de Dieu Momo est le symptôme d'une République des réseaux où l'on confond les caisses de l'État avec de l'argent de poche politique. L'absence complète de trace officielle du marché de 36 millions de FCFA sur Internet trahit l'usage d'un argent occulte comme levier de chantage contre le commandement traditionnel à Bafou. Dans la Menoua, le développement ne doit plus être le dindon de la farce des calculs féodaux des élites de Yaoundé. Le Palais de justice mérite une restauration par des experts du patrimoine, et la carte scolaire doit répondre aux besoins réels des enfants, pas aux rêves de grandeur de fonctionnaires en quête de trônes.
- Le Débat Komiaza : Face à l'utilisation récurrente d'enveloppes financières fictives ou d'appels d'offres introuvables sur Internet par des membres du gouvernement, l'Agence de Régulation des Marchés Publics (ARMP) doit-elle frapper de nullité immédiate et ouvrir une enquête pénale sur tout projet public annoncé sur les réseaux sociaux sans publication préalable dans le journal officiel des marchés ?
Par Augustin Roger Momokana







